Propagation

D’abord ce clignotement, irrégulier, presque imperceptible encore dans la lumière grise tombant des fenêtres, puis l’un après l’autre les longs tubes fluorescents fixés au plafond s’allumant, l’un restant noir tandis que les autres répandent sur les paillasses cette lumière verdâtre, sans ombres, qui semble moins éclairer les objets que faire apparaître leurs surfaces, le métal terne des appareils, les couvercles transparents des boîtes de Pétri, les étiquettes blanches, les tabourets aux pieds chromés, puis le tube resté noir s’allumant brusquement à son tour et celui qui le précède s’éteignant presque aussitôt avec un petit claquement sec, de sorte que pendant les quelques secondes nécessaires à Yating pour pousser complètement la porte du laboratoire B27, entrer, la retenir derrière elle puis la laisser se refermer, la pièce paraît successivement entière, amputée d’une bande de lumière, entière de nouveau, cependant que sur les surfaces noires des paillasses glissent les reflets des nuages passant devant les fenêtres, masses grisâtres que l’on pourrait croire immobiles si de temps en temps leur bord plus clair ne venait recouvrir puis découvrir le montant métallique, les mêmes nuages sans doute, ou d’autres exactement semblables, se reflétant à une dizaine de kilomètres de là dans les grandes vitres du centre administratif.

Le sac posé contre le réfrigérateur beige dont le moteur se met précisément à ronfler, elle retire sa veste encore mouillée aux épaules, la suspend au dossier d’une chaise puis s’assied sur le tabouret, le vérin s’enfonçant sous son poids avec ce grincement déjà entendu, hier peut-être, ou la semaine précédente, toujours le même, bref, aigu, auquel répond presque aussitôt quelque part derrière elle un autre bruit, plus sourd, celui d’une pompe ou d’un compresseur se mettant en marche, les boîtes de Pétri alignées sous leur couvercle transparent portant chacune sur le côté une bande de papier blanc couverte de chiffres et de lettres tracés au feutre, cependant que sur le terminal japonais l’écran bombé, légèrement verdâtre, s’allume et s’éteint par intermittence, non pas tout entier mais ligne après ligne, certains chiffres restant visibles tandis que d’autres disparaissent, puis reviennent, remplacés quelquefois par ceux d’un fichier qu’elle avait ouvert plusieurs jours auparavant, ou cru fermer, et dont elle reconnaît d’abord la date, puis le nom abrégé, puis une série de valeurs qu’elle avait supprimées, du moins lui semble-t-il, puisqu’elle se rappelle avoir répondu OUI dans la petite fenêtre demandant de confirmer l’effacement, la même ligne revenant pourtant, puis une autre, puis certains mots aussi, fragments de titres, noms de répertoires, abréviations dont elle ne sait plus exactement à quoi ils correspondaient, surgissant un instant entre deux colonnes de chiffres, disparaissant avant qu’elle ait pu les lire entièrement, puis revenant ailleurs, comme si ce qu’elle avait cru supprimer n’avait été qu’écarté, repoussé dans une partie invisible de la machine d’où maintenant, pour une raison inconnue, cela remontait.